Fumito Ueda : une vision d'artiste au service du jeu vidéo

Le 29-12-2022 par Scylla qui parle de Bio Ico Sotc

portrait fumito ueda

Le style de Fumito Ueda agace ou fascine en fonction des goûts. Mais ce qui est certain, c'est qu'il ne laisse personne indifférent. On revient sur les moments clés de sa vie, ses principaux succès vidéoludiques et ce qui fait sa spécificité dans le monde du jeu vidéo.

Fumito Ueda : sa vie avant les jeux vidéo jusqu'à la création de la Team Ico

Né en 1970 dans la ville japonaise de Tatsuno, Fumito Ueda est un enfant rêveur, créatif, passionné de manga et de jeux vidéo. C'est donc tout naturellement qu'il se tourne vers des études artistiques et qu'il intègre l'université des arts d'Osaka.

Là, il se passionne pour l'art interactif et se forme lui-même, en parallèle, à la création d'images numériques en 3D. Diplômé à 23 ans, il intègre le monde du jeu vidéo seulement 2 ans plus tard en devenant animateur 3D pour le jeu Enemy Zero sur Saturn.

C'est en 1997 que Ueda a l'idée de créer son propre jeu. Il propose son projet à Sony qui accepte de l'engager malgré des demandes originales comme le recrutement d'une équipe retreinte d'artistes avec peu, ou pas, d'expérience dans le jeu vidéo. La Team Ico était née.

Les 3 œuvres de Fumito Ueda : Ico, Shadow of The Colossus et The Last Guardian

Ico : un premier essai brouillon mais déjà novateur

Ico PS2

Ico, c'est le premier petit bijou de la Team Ico. Le joueur y incarne un petit garçon à cornes enfermé dans une forteresse où il va rencontrer une jeune fille avec qui il va se lier d'amitié. Un scénario simple mais intimement lié au gameplay du jeu.

Dans la peau du petit Ico, vous résolvez des énigmes pour vous échapper du château et vous protégez maladroitement la jeune fille des ombres qui veulent la saisir. L'univers dépeint est à la fois mystérieux et très mature.

C'est avec les yeux du jeune garçon (NDLR lje jeu est en vue objective) que l'on tâtonne dans l'ombre et qu'on découvre, à la fois émerveillé, inquiet et curieux, ce monde onirique où la beauté et le danger cohabitent au sein d'environnements gigantesques.

Une petite pépite qui avait fait du bruit à sa sortie, notamment grâce à son ambiance unique, sa mécanique de jeu axée sur la collaboration et l'aspect réaliste des mouvements des persos, même dans leur maladresse. Cependant, on lui a aussi reproché son côté répétitif et sa durée de vie famélique.

Shadow of The Colossus : le chef d'œuvre intemporel de la Team Ico

shadow of the colossus

Shadow of The Colossus, c'est un peu le jeu de la maturité. Une expression galvaudée, mais qui prend tout son sens ici. Dans Ico, votre personnage était un petit garçon un peu maladroit et passionné. Ici, vous incarnez Wander, un chasseur et tueur froid, méthodique, entièrement dédié à sa mission : tuer les 16 colosses pour ramener sa bien-aimée à la vie.

Le jeu se déroule dans un monde qui ressemble également beaucoup à celui d'Ico avec des ruines, mais aussi des environnements extérieurs vides d'ennemis que vous pouvez parcourir sur le dos de votre fidèle cheval Agro.

Le but du jeu est de venir à bout des 16 colosses en découvrant leur point faible (reprenant le côté énigme de Ico), puis en les escaladant pour en venir à bout avec votre épée. Plus facile à dire qu'à faire, car les titans s'envolent dans les airs, plongent dans l'eau et vous devez sans cesse gérer votre barre d'endurance pour ne pas avoir à tout recommencer à zéro. Aussi frustrant que satisfaisant lorsque vous réussissez votre coup.

La spécificité de ce jeu est que les seuls ennemis que vous allez rencontrer sont les Boss ... et personnes d'autres à latter. Hormis ces moments d'actions, le jeu est basé sur l'exploration, la contemplations et l éventuellement 'apprentissage de l'équittation :)

Le jeu est encore aujourd'hui considéré comme un chef d'œuvre. Ses graphismes et sa physique irréprochable, ses jeux de lumière, le design des colosses, la musique épique par moment et désespérée à d'autres... Tout est parfait.

Pour en savoir plus sur ce jeu cliquez ici pour découvrir l'article de Charybde intitulé : Shadow of The Colossus : le chef d'œuvre onirique de la décennie 2000-2010

The Last Guardian : le vilain petit canard de la trilogie

The Last Guardian PS4

Après Shadow of The Colossus, la Team Ico était attendue au tournant. Leur prochain titre a été annoncé en 2009 et n'est finalement sorti qu'en 2016. Plusieurs années de développement qui ont permis à la team de Ueda de créer un jeu hybride entre les deux précédents.

Car dans The Last Guardian, vous incarnez un petit garçon dans une forteresse et vous devez coopérer avec une créature volante pour vous en sortir. Un peu comme si Ico devenait ami avec l'un des titans de SOTC.

Tout le jeu est basé sur la coopération entre vous et cette immense bête que vous allez devoir nourrir, soigner et qui va vous aider à vous échapper de votre prison grâce à des phases de jeu de type énigme-plateformes.

Malgré la beauté de ses graphismes, la force émotionnelle du titre et le travail effectué sur la modélisation de Trico, le jeu n'a pas fait l'unanimité dans la communauté des gamers.

À mon sens, cela s'explique de plusieurs façons. Tout d'abord, le jeu est sorti trop tard et n'a donc pas pu être la claque visuelle qu'il aurait été 2 ans plus tôt. Ensuite, on lui a injustement reproché un gameplay lourd et pas toujours intuitif. Mais le jeu a été développé dans ce sens afin de donner une vraie dimension réaliste à la relation entre l'enfant et Trico. Enfin, malheureusement pour lui, The Last Guardian passe juste après Shadow of The Colossus et souffre immanquablement de la comparaison.

La patte Ueda

Une ambiance onirique servie par une vraie vision artistique

illustration de l'univers ico

Les 3 jeux de Ueda présentent des ambiances très similaires qui témoignent de sa vision d'artiste. Tous les titres se déroulent, par exemple, dans des environnements vastes et désolés où des ruines, çà et là, se mêlent à la nature. Une vision emprunte de nostalgie et de lyrisme qui nous laisse tout le loisir nécessaire pour nous questionner sur les limites du monde que l'on nous présente, son histoire et les liens avec les autres jeux.

Un gameplay épuré mais jamais simpliste

Ueda et ses équipes ont développé leurs jeux en suivant une méthode particulière : "la conception par soustraction". Le principe ? On épure au maximum le jeu afin d'offrir une expérience vidéoludique unique. Ainsi, le titre ne se disperse pas et garde toute sa force d'impact. Pas d'ennemis mineurs, pas de phases de gameplay superflues, peu de dialogues et de personnages... On est complètement seul face à nous-même.

Enfin, pas complètement seul, car le second principe du gameplay de Ueda, c'est de proposer des phases de jeu (énigme, exploration, combat) basées sur la coopération. Dans Ico, vous êtes accompagné de Yorda qui représente (symboliquement) votre jauge de vie, dans SOTC, vous êtes en osmose avec Agro lorsque vous parcourez au galop les terres interdites, et dans The Last Guardian, tout le jeu est basé sur la relation avec Trico.

Le but ultime ? L'émotion

La force des jeux de Ueda, c'est de susciter deux sentiments ambivalents. Les grands espaces désolés, la musique (ou son absence), et le scénario (vous incarnez toujours un être seul ou abandonné) vous donnent un sentiment de liberté et de solitude. Quant au gameplay, à la fois coopératif et charnel, il vous pousse à vous accrocher littéralement à un autre personnage (la main de Yorda et les plumes de Trico).

Résultat, ces jeux vous font ressentir une émotion vraie et sensitive. Pas une émotion qui s'inspire de celle du cinéma comme dans The Last of Us, mais une émotion purement vidéoludique. Pas convaincu ? Alors essayez de terminer l'un de ces 3 jeux sans avoir, au minimum, un petit pincement au cœur à la fin de votre aventure.

Les projets futurs de Fumito Ueda

Cela fait maintenant 6 ans que The Last Guardian est sorti, 6 ans que l'on ne sait rien des travaux actuels de Fumito Ueda et de son équipe. Ce qui est certain, c'est qu'avec la gestation difficile de TLG, l'artiste japonais a terminé un cycle, et il est indispensable qu'il se renouvèle avec sa prochaine création. Mais d'ici sa sortie, on vous conseille de (re)plonger dans sa trilogie légendaire qui mérite amplement qu'on s'y perde quelques semaines.

A propos de l'auteur Scylla

J'ai découvert les jeux vidéo avec la Master System II et Alex Kidd in Miracle World, la saga Sonic, Shinobi et Batman Returns. Ensuite, mes parents ont eu la bonne idée de m’acheter une Nintendo 64. Logiquement, je suis devenu ...
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