L'esport est-il vraiment un sport comme les autres ?

Le 30-06-2022 par Scylla qui parle de Esport

competition esport

Les jeux vidéo, et les activités d'écran en général, prennent une place de plus en plus importante dans le quotidien des jeunes (et moins jeunes) générations. Témoin de cette révolution en cours : le succès de l'esport. Cette activité, au départ de niche, est en train de conquérir les foules à travers le monde. Mais, à terme, l'esport peut-il devenir la nouvelle norme du sport ?

Le développement de l'esport de sa création jusqu'à aujourd'hui

Les compétitions de jeu vidéo sont nées avec l'avènement du jeu en réseau dans les années 90 et 2000. Dès 1997, par exemple, on voit la création de la Cyberathlete Professional League (CPL), une structure spécialisée dans l'organisation de tournois de jeux vidéo. Mais bien avant, en 1972, un tournoi sur Spacewar organisé à l'université de Standford avait réuni de nombreux joueurs amateurs.

Depuis, l'esport n'a cessé de se développer grâce à des licences comme Counter-Strike (1999), Fifa (1994), Starcraft (1998) ou encore League of Legends (2009).

Il attire de plus en plus de joueurs et de public, si bien qu'en 2015, le record de Prize Money pour le vainqueur d'un tournoi (The International sur Dota 2) a atteint un total de 9 millions de dollars. En France, l'esport c'est 28 millions d'euros de chiffre d'affaires, plus de 30 équipes professionnelles, 800 associations e-sportives et environ 2 millions de pratiquants pour un public cible qui atteint les 8 millions (chiffres officiels 2018). Autant de caractéristiques qui poussent les autorités à se pencher sur cette question épineuse : faut-il reconnaître l'esport comme un vrai sport ?

Les caractéristiques de l'esport

Pour savoir si l'esport est un vrai sport, c'est simple, il suffit de voir si les caractéristiques de cette discipline sont en accord avec celle de la définition traditionnelle du sport.

Une vraie dimension d'effort et de performance physique

L'un des clichés qui revient souvent sur l'esport, c'est son absence de dimension physique (voire intellectuelle). Pourtant, cette discipline requiert de l'adresse et des réflexes, fait appel à des muscles de la main et du bras et demande un entraînement spécifique et l'élaboration de stratégies complexes (en équipe ou en solo).

Si l'on refuse à l'esport son statut de discipline sportive pour cette absence d'activité physique, on doit également le faire pour les échecs ou le jeu de Go qui ne requièrent que très peu de mouvements également.

Un encadrement et des règles précises

Lorsqu'on débat sur l'esport, on oublie souvent un élément essentiel. L'esport n'est pas une discipline comme le football, le tennis ou la natation, c'est une catégorie de disciplines au même titre que les jeux de ballon, l'athlétisme ou la gymnastique. En effet, il y a autant de disciplines d'esport qu'il y a de jeux concernés. Les règles ou les objectifs ne sont pas les mêmes sur LOL, des jeux de combat comme Street Fighter ou de sport comme Fifa.

Chaque jeu est différent et demande un entraînement spécifique aux pro gamers. On trouve également de l'esport en coopération.

Des compétitions internationales et un public de passionnés

L'esport revêt aujourd'hui des intérêts économiques et sociétaux majeurs. 200 millions de personnes consomment du contenu esport, tout en sachant que ce n'est encore qu'un début (notamment en occident). Les World Cyber Games, créés par Samsung Corée en 2002, sont l'un des tournois multi-games les plus populaires. L'édition de 2020 a ainsi été suivie par plus de 600 millions de viewers.

The International 2019 a rassemblé 2 millions de personnes alors qu'il ne concerne qu'un seul jeu : Dota 2. Enfin, en France, le ZEvent, un marathon caritatif qui rassemble des dizaines de personnalités du gaming et du stream a rapporté 3 509 878 euros en 2019.

De l'amateurisme au professionnalisme

Aujourd'hui, les compétitions d'esport sont retransmises en direct sur des plateformes comme Twitch et même des chaînes de télévision. Les rassemblements se font parfois dans des stades et sont organisés par des sociétés de jeux vidéo à grands renforts de millions. Comme tout au autre sport, l'esport a donc son lot de stars de la discipline, de commentateurs, d'organisateurs, de sponsors, ce qui participe à sa professionnalisation.

En France, plusieurs structures de formation à l'esport ont même ouvert leurs portes comme :

  • l'Education Gaming School ;
  • l'XP Gaming School ;
  • la gaming Campus.

Une reconnaissance "en devenir" de la part des grandes organisations sportives

Depuis 2016, Le Comité international Olympique reconnaît l'esport comme une discipline à part entière. En partenariat avec la Fédération internationale d'e-sport, le comité souhaite même étudier les modalités d'intégration de l'esport dans l'Olympisme. En France, le secrétaire d'État chargé du Numérique, et le ministre des Sports ont conjointement établi un plan pour faire de la France le leader européen du secteur de l'esport d'ici 2025. Un projet ambitieux.

L'esport doit-il vraiment devenir un sport comme les autres ?

L'esport est donc un sport en partie reconnu par les instances internationales, mais est-ce vraiment une bonne chose ?

L'activité physique : un enjeu de santé publique

Loin de moi l'idée, dans cet article, d'opposer sport traditionnel et esport ou de donner une image idyllique du milieu du sport électronique. On y retrouve les mêmes dérives comme la starification, le sport spectacle à outrance, le règne des sponsors et de la publicité, ainsi que le dopage. Mais l'esport pose également un autre problème, celui de la sédentarité.

Pour être performant sur un jeu, il faut s'entraîner dur et pour s'entraîner dur, il faut passer énormément de temps devant un écran, ce qui a une incidence sur la santé physique et mentale (obésité, troubles du sommeil, isolement social). Il est donc primordial de toujours promouvoir l'esport ET l'activité physique, en expliquant, notamment, que pour performer au plus haut niveau, il faut une vraie condition physique.

Le problème de la gouvernance du secteur

Actuellement, l'esport est principalement géré par les studios et acteurs du jeu vidéo à l'origine des licences concernées. Avec la professionnalisation du secteur, et l'influence des pouvoirs publics de plus en plus prégnante dans son administration, des guerres d'influence risquent de voir le jour à mesure que son intérêt économique augmente. Résultat, c'est la discipline qui risque d'en pâtir.

La dénomination "sport" : un frein au développement de l'esport ?

L'esport est en train de devenir l'une des pratiques sportives les plus populaires au monde. Il réinvente le concept de performance et les codes du sport spectacle. Le définir simplement comme un sport, cela ne serait donc pas un peu réduire sa portée ? Et si demain, l'esport supplantait le sport traditionnel ? Et si le l'activité physique devenait une pratique négligeable, voire moquée de centaines de millions de pratiquants d'esport à travers le monde ?

A propos de l'auteur Scylla

J'ai découvert les jeux vidéo avec la Master System II et Alex Kidd in Miracle World, la saga Sonic, Shinobi et Batman Returns. Ensuite, mes parents ont eu la bonne idée de m’acheter une Nintendo 64. Logiquement, je suis devenu ...
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